Maintenant le long fleuve tranquille

inini

Départ pour Tolinga au moteur, le premier canoë tire le second, plus de sauts à franchir, c'est  presque l'autoroute. Au confluent grand Inini et du petit Inini, nous naviguons sur l'Inini, le fleuve change de couleur, la boue dégagée par les orpailleurs qui sévissent à Dorlin lui donne cette coloration jaune or.
Je connais Tolinga, ainsi que Bernard depuis 1994. Marie-Christine et son mari avaient déjà à cette époque accomplis un travail de titan en aménageant ce village déserté par les indiens. Toute une infrastructure de carbets était  en cours de construction, et cela promettait d'être grandiose, avec tout le confort qu'affectionnent tout particulièrement les métros en mal d'aventures.
Las! il devait en être autrement, en 1996 son mari pète les plombs, met le feu à la totalité des carbets, et disparaît. Marie-Christine relève le défi, travaille comme deux turcs et reconstruit Tolinga. Actuellement en cours d'achèvement, c'est véritablement un petit paradis. Sacrée nana.
Situé très en surplomb du lit de la rivière, qui à cet endroit fait un coude, on a une vue superbe sur celui-ci en amont et en aval. Au pied du rivage, un amas de roches granitiques plates offre un abri naturel aux pirogues, et permet  de se baigner tout à son aise dans une eau malheureusement boueuse, mais tellement chaude. À Tolinga, on peut se doucher, se laver les dents dans un  évier et des W C  en céramique blanche, et pas à la turc.

tolinga


Tolinga, l’Inini couleur or, celle de la boue déversée par la mine d’or de Dorlin

Nous sommes attendus, Yvan avait prévu une halte pour la journée, nous installons nos hamacs sous un carbet  très accueillant, il est en dur avec un plancher.
Déjeuner au carbet repas avec Marie-Christine, un  couple de jeunes qui l'aide dans les travaux de  menuiserie, un autre couple d'estivants (un marin affecté en Guyane et son épouse. Une table, des verres, des assiettes, du vin; Joël retrouve comme par miracle l'appétit.
Des rocking-chairs nous invitent à une sieste bien méritée.
Marie-Christine attend deux invités journalistes, c'est au demeurant excellent pour son entreprise, mais il faut se méfier de cette engeance, que vont-ils relater? ce qu'ils ont vu et vécu, elle a la pénible sensation que ces deux gugus ne sont pas venus à Tolinga pour Tolinga, mais pour voir les indiens. Je n'ai pas retenu le nom du journal pour lequel ils  travaillent, Bernard me susurre : Libé: alors tant pis Marie-Christine, ce sera un reportage apocryphe.
Yvan m'avait déjà fait part de son souci, normalement il doit repartir demain Dimanche pour Saül, remonter et ses canoës et tout son matériel, mais il n'est pas encore assuré d'avoir de l'aide, d'autant plus que Marc n'est plus là. Je l'assure de mon entière coopération si l'ami qui doit faire le voyage du retour n'est pas là. Je suis prêt à quitter le groupe; à faire l'impasse sur les indiens pour prêter main-forte à Yvan. Son ami arrive, l'affaire est réglée, lui aurai-je été utile, ou aurai-je été un poids mort?
Une promenade est prévue sur la piste des Mayas avec la marine, son épouse et les deux gugus, Moïse se joint au groupe, la machette entre les dents, y aurait-il des survivants?
Dîner très convivial, Bernard  nous décrit pour la énième fois la composition du mercure et ses méfaits sur l'organisme humain, Joël son combat homérique avec un Aymara de 115 Kg (à Charcé St Hélier  S/Aubance il pèsera une tonne 150) et Moïse ses  commentaires  sur les ananas verts de l'Inselberg et les émissions fréquentes de selles liquides ou pâteuses qui en découlent  et qu'on appelle communément  diarrhée.
Et Yvan de conclure : Et bien moi, j'vous l'dit, monsieur l'juge, tous des sauvages.

Dimanche 15 10 2000, Inini - l'Alawa (Tolinga -Maripasoula - Palassissi)

Nous quittons Tolinga avec un petit pincement au coeur, le cadre est enchanteur, une semaine ici pour se requinquer, le pied. Et puis nous abandonnons notre guide,  Yvan, toujours présent, toujours à l'écoute, toujours gai, attentif, dévoué, plein de sollicitude, en un mot comme en cent, le guide idéal qui a même poussé la politesse, que dis-je la courtoisie de nous laisser gagner au tarot. Trouvez-en des guides de cet acabit.
Salut Yvan, et merci encore, amitiés, mais pas plus même si affinités, bien des choses à ton épouse et à tes charmantes filles, sans oublier un gros biberon à ton fils.
Nous arrivons vers 9 heures à Maripasoula, Aliké n'est pas encore arrivé, c'est la ruée au téléphone, il est pris d'assaut, tout le monde a de bonnes nouvelles, moi j'ai le répondeur, mais pas de nouvelles, bonnes nouvelles.
Aliké arrive avec une heure de retard, nous buvons une bière ensemble, cette bière tellement attendue, tant rêvée, tant espérée, j'avais accordé trop d'importance à ce moment-là, je suis déçu, c'est une bière en boîte, trop fraîche,   consommée dans un endroit inconfortable, l'être humain est bien compliqué et par trop exigeant.
Nous pensions partir rapidement, il nous faut déchanter, faire le plein d'essence, d'huile, attendre la famille qui vend le poisson pêché la veille. Aliké et son ami font le tour de Maripasoula, parlementent avec les uns et les autres. Il est midi, nous allons déjeuner ensemble chez Dédé, le seul resto acceptable, c'est bon.
Retour à la pirogue, les indiens se hâtent  lentement, 14 heures, le copain d'Aliké à qui appartient la pirogue n'est pas là. 15 heures, il arrive, on embarque, 3 heures de navigation, l'eau est assez basse, le fleuve est barré d'innombrables sauts que les indiens négocient avec maestria. Nous sommes impressionnés par tant de virtuosité. Cela devient de plus en plus difficile, et nous sommes obligés de descendre de la pirogue, Bernard perd pour la seconde fois une sandale, Moïse perd pied et pour ne pas être entraîné par le courant s'accroche désespérément à la pirogue, ouf! on passe.

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On se cramponne au bordage

Et puis c'est l'arrivée par une sorte de labyrinthe, à Palassissi,
village d'Aliké situé sur une île de l'Alitani, où vivent: sa mère (Pina), deux de ses frères (Simon et Kouya) un beau-frère (Omotpili) sa soeur (  Tumalilu) et toute leur petite famille.


palassissi


Le village d’Aliké : Palassissi vu du fleuve

Au premier coup d'oeil, le village n'est pas un modèle de propreté, comparativement à d'autres qu'Aliké nous fera visiter. C'est la zone, des manouches, telle est la réflexion de Joël. Des chiens, des poules, un Agami, deux singes, un pécari, les enfants entièrement nus, les femmes les seins nus.
Quatre carbets abritent les familles, deux en dur et deux autres de construction traditionnelle. Notre arrivée ne les dérange  nullement, tout ce petit monde vaque mollement à ses occupations, c'est-à-dire que pour la plupart, ils sont vautrés dans leurs hamacs.
Visite succincte du village avec reconnaissance des lieux les plus importants et nécessaires : piscine et WC.. La piscine est à 20 mètres : le fleuve, le rocher : tout en un : machine à laver la vaisselle, le linge - lavabo, baignoire, c'est également l'eau potable... Les WC sont à 50 mètres en aval      (heureusement), à la turc dans le fleuve, tout à l'égout, tout est ingurgité en un clin d'oeil par une ribambelle de petits poissons qui a élu domicile en ce lieu " fécalement " nutritif, pas besoin de papier, rinçage immédiat.
Nous installons nos hamacs dans un endroit exigu, sous le carbet de Pina.

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Nos hamacs sont au « rez de terre » sous le carbet de Pina, la mère d’Aliké

Aliké prépare le repas : riz - poisson. Il fait nuit et c'est toujours le sempiternel problème pour Joël, n'étant ni nyctalope, ni ichtyophage, ni " rizivore ", il va pratiquement s'abstenir de manger.

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Le coin repas, au beau milieu du village

Demain, Lundi sera journée de repos, nous partirons Mardi vers une destination encore inconnue, Aliké aimerait bien nous faire visiter la terre de ses ancêtres, mais il s'avère que nous ne disposons pas assez de temps, c'est presque à la frontière du Brésil. Dommage, nous aurions pu photographier des gravures pariétales indiennes dessinées sur un rocher.
J'ai du mal à m'endormir, des instincts meurtriers me hantent, le pécari attaché près de nos hamacs émet des sons difficilement supportables.. Des sons dégueus... Une sorte de vomissement ... Beurqbeurqcruyyii.. Une abomination.

Lundi 16 10 2000, l'Alawa - l'Alitani

Nous allons visiter le coin de terre que notre ami Aliké défriche " un abattis ", environ un hectare. Il s'agit dans un premier temps de dégager le pourtour des grands arbres (3 jours de travail) pour ensuite abattre ceux-ci à la tronçonneuse (une journée), ensuite laisser sécher et brûler le tout. C'est un lieu qui servira à leur propre culture : manioc, canne à sucre, et à la plantation de certains arbres : bananiers. La terre étant très pauvre, un abattis ne produira qu'environ trois années.

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Le nouvel abattis d’Aliké

Visite également du village où Aliké a connu son amie, et où il réside, car le mari s'installe dans le village de l'élue et y construit son carbet.
Dernière visite de la dernière école sur le fleuve, l'école du bout du monde. L'instituteur, grand et maigre comme un jour sans pain, en pétard avec son administration ( classe de 45 élèves ) a la gentillesse de nous faire visiter son carbet école. Très bien tenu - Les élèves sont assidus, mais généralement arrêtent la scolarité vers 11 - 12 ans - Classe le matin seulement.

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La dernière école à Péléa sur l’Alitani, c’est la récré et la sortie des cancres : en tête Joël, Bernard, Moïse et Aliké

Ces indiens ont-ils besoin de savoir que Vercingétorix a gagné la bataille de Marignan en 1789 pour chasser et pêcher?
Au retour le moteur a un bruit bizarre, Bernard de la RNUR a déjà détecté l'origine de la quasi-panne et va autopsier le moteur à l'arrivée.
Ce qui est dit est fait, démontage et remontage sont les deux mamelles de Bernard, tout est O K.
Dîner : Riz - Poisson ....................

Mardi 17 10 2000, l'Alitani

Départ prévu pour 9 heures. Midi arrive, nous sommes encore dans l'expectative : où  allons-nous? quand partons-nous?
Difficiles à supporter ces longues heures d'attente, Bernard  un rien l'occupe, il fait et défait son sac, vide ses petites boîtes, range sa valise, retend son hamac, vérifie sa moustiquaire, rien n'est laissé au hasard, une place pour chaque chose, chaque chose à sa place.
Quant à moi c'est différent, encore une devise de la marine : mouillé c'est lavé, sec, c'est propre, mais j'avoue bien humblement que j'ai souvent recours à ses services : un bout de ficelle, une pince à ongles, de la colle uhu, il a tout, c'est un véritable bazar ambulant.
14 heures, enfin le départ, nous dépassons le village de son amie visité la veille, le moteur cafouille et s'arrête, c'est la panne au beau milieu du fleuve, moteur cassé. Nous retournons à la pagaie vers le village, l'orage gronde au loin. À peine arrivés, une pluie diluvienne nous contraint à nous réfugier sous un carbet, Aliké repart pour Palassissi avec la pirogue d'un ami, espérant emprunter le moteur à l'un de ses frères. 1/2 heure s'écoule, la pluie également, Aliké revient sans moteur, l'orage redouble d'intensité. Il parlemente avec les indiens du village et obtient le prêt d'un moteur.
Nous repartons,   la pluie a cessé, on a l'impression qu'Aliké n'a pas encore déterminé l'endroit où nous allons bivouaquer.
Midi, arrêt déjeuner, nous ouvrons quelques boîtes de conserve, et premier incident ... À Joël qui éprouve quelques difficultés à refermer sa touque, je lui fais une remarque dans le genre : tu t'y prends comme deux pieds; fatigué, excédé par cette remarque que je ne voulais surtout pas désobligeante afin de préserver l'unité du groupe, il me répond par le célèbre mot du non moins célèbre général, blessé à Waterloo où il commandait le premier chasseur à pied de la garde. ( Sans cet incident vous n'auriez jamais su ce que commandait ce général).
Et si j'avais dit : tu t'y prends comme un pied, peut-être n'aurait-il pas été vexé? Mais deux pieds, trop c'est excessif.
Toujours est-il  que je ne lui adresse plus la parole.

Nous repartons, beaucoup de sauts à passer, toujours avec autant de brio, le paysage est merveilleux, nous longeons la rive côté Guyane, Aliké aperçoit un Cabiaï qui se dore au soleil, prend le fusil, tire et le blesse seulement, nous accostons, l'animal blessé n'est pas loin, un deuxième coup de feu, raté, le rongeur plonge et se cache sous la végétation  qui borde la rive.


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Le Cabiaï, plus gros rongeur du monde
La traque continue, Aliké est persévérant, armé de sa machette, il taille dans le fourré, débusque la bête, tire, cette fois-ci il ne l'a pas ratée.
Gêné par les branchages, il tarde à la récupérer rapidement et le Cabiaï coule, on a beau sonder l'endroit, nous faisons chou blanc. Aliké est très vexé.
Nous continuons notre route, chaque carbet que nous apercevons, c'est le bon, la fin d'un voyage épuisant pour les nerfs et surtout pour le dos, que nenni, jusqu'où irons-nous? Le Brésil est-il encore loin?
Un banc de rochers entoure une île, sur cette île un grand carbet, la pirogue s'y dirige, nous sommes arrivés. Il est vrai que l'endroit est idyllique, et il suffit de tendre une toile sur le carbet et tout est fait.
On  allume un feu, les hamacs sont installés - Dîner - Repos - Demain il fera jour.

Mercredi 18 10 2000, l'Alitani

Je m'exclus volontairement du groupe, assis sur un rocher, je contemple le paysage, Joël vient m'y retrouver et me présente ses excuses. Pourquoi ne les ai-je pas acceptées? Tout simplement parce que blessé profondément, non point dans mon amour-propre, mais par le fait d'avoir été le sujet d'une mésentente au sein du groupe, alors que je ne voulais surtout pas. Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'idées, je dois en faire partie.
Aliké demande des volontaires pour aller à la chasse, Malita, Bernard et moi en sommes. Départ en pirogue, pas très loin, quelques centaines de mètres en forêt, des Atèles se manifestent, Aliké est aux aguets, il s'enfonce dans les bois, un coup de feu, un choc mou sur le sol, dix minutes d'attente, un autre coup de feu, un autre choc mou, il revient en tirant deux Atèles par la queue. Un petit qui a un bras brisé par un plomb tète encore sa mère morte sous lui. Triste tableau. Les indiens sont chez eux et rien ne leur est défendu.
Bernard tente d'intercéder auprès de moi concernant le désaccord qui nous oppose, Joël et moi, je refuse, il n'insiste pas.
Retour au carbet. Aliké m'explique que s'il a tardé à faire feu sur les singes, c'est qu'il lui faut discerner à 30 ou 40 mètres si ce sont des mâles ou des femelles. Arriver à reconnaître le sexe par le clitoris, soit, mais distinctement à cette hauteur, il me faudrait une paire de jumelles, d'autant qu'il est loin d'être Démesuré. Toujours est-il que les femelles en particulier font les frais de cette tuerie car elles ont un goût moins fort que les mâles, c'est bien connu.

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Qui prétend que l’homme descend du singe, en y regardant de près, la ressemblance est certaine dans le faciès

Les Atèles sont dépecées et boucanées. Les deux infirmiers de service placent une attelle au bébé Atèle, il sera choyé pendant tout le séjour et ramené à Palassissi.

Après-midi, autre excursion sur le fleuve  avec Joël et Moïse, Pêche à l'Aïmara, ils reviennent  bredouilles.
Aliké nous initie à la  pratique bien spéciale de la pêche à l'indienne, cela ressemble à la pêche à la mouche de chez nous, seul Moïse arrive à se distinguer et  fait bonne figure, Joël abandonne rapidement, Bernard utilise son matériel en qui il croit dur comme fer (la ligne à la bulle d'eau), piètre résultat, et moi, sans ma paire de lunettes, je suis inopérant.
L'eau est claire et chaude,   nous nous baignons plusieurs fois par jour.
Au dîner ce soir, singe-araignée noir en sauce et cassoulet. Bernard qui a détourné les yeux lors du dépeçage  ne fait pas la grimace pour  manger une espèce intégralement protégée. Ce n'est pas mauvais, mais coriace. Pendant ce temps le reste des Atèles boucane toujours.

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Les singes dépecés sur le boucan





Jeudi 19 10 2000, l'Alitani

10 heures, tout le monde part à la chasse sauf moi, Aliké  ranime le feu sous le boucan et me demande de rajouter de temps  en temps quelques bûches pour entretenir le  foyer.
Assis sur mon rocher, je les aperçois encore, lorsque soudain le boucan, attisé par la graisse des singes prend feu, les feuilles entassées sur la viande s'enflamment également, un véritable brasier, le jerrican d'essence est à proximité, je m'empresse de l'éloigner, et à l'aide d'une gamelle vais puiser l'eau dans le fleuve. La totalité du boucan est en flammes, ce n'est plus du singe boucané mais du singe calciné. Aliké s'est aperçu du désastre, ce n'est pas la première fois que cela arrive, et décide de continuer son chemin. J'arrose copieusement le foyer et retire les morceaux les moins brûlés.
À leur retour, il n'y a plus qu'à constater les dégâts, quelques morceaux peuvent être épluchés, il en restera de quoi y goûter pour le déjeuner. Le singe boucané c'est coriace, le surboucané, c'est du béton.
Heureusement ils ont rapporté des coeurs de palmiers, un peu de verdure, c'est appréciable  et apprécié.
Baignade, pêche, Moïse rivalise avec Aliké, je crois même qu'il le surpasse.
La semaine est longue, interminable, Aliké fait tout son possible pour éviter les temps morts, mais n'y réussit qu'à moitié, il est très difficile, voire impossible sans préparation de réaliser un emploi du temps plein, et puis on approche du terme, ou alors aurait-il fallu commencer par la semaine chez les indiens?  Avec Yvan on n' avait guère le temps de penser, rame ou crève, comme à la légion.
Ce soir, coeurs de palmiers, pâtes, Joël renaît.

Vendredi  20 10 2000, l'Alitani

Départ pour Palassissi, Aliké s'arrête de temps à autre, soit pour pêcher, soit pour chasser, il prend quelques poissons et tue deux babounes (singes hurleurs). La livrée de ces singes est très jolie d'un rouge cuivré, et protégés ou pas ils finissent soit dans la marmite ou sur le boucan.

Nous nous arrêtons  déjeuner sur la roche, préparation du feu, baignade, relaxation, le dos est en compote, les singes trempent dans l'eau pour éviter une déshydratation?? Au menu : poisson et pâtes. Le soleil est au zénith, la roche est brûlante, nous sommes plus aérés sur le fleuve malgré une position assise très inconfortable, les lombaires, les dorsales, les cervicales sont soumises à rude épreuve.
Halte au village de Malita où nous laissons un Baboune, on nous fait goûter au cachiri, alcool indien à base de manioc  macéré et fermenté quelques jours dans de l'eau     (deux degrés). Saveur insipide, je préfère une bonne Mac Evans.
La boucle est bouclée, nous arrivons à Palassissi, c'est la fête, tout le monde est joyeux, Pina est surexcitée, je parie qu'ils ont trouvé de l'or, non point, ils se promènent avec une louche de deux litres  remplie de cachiri qu'ils boivent en une seule lampée. Le principe est le suivant : boire le plus possible de ce liquide fadasse jusqu'à ce que l'estomac, gonflé comme une outre, restitue celui-ci, et l’on recommence, sans arrêt, toute la journée, une partie de la nuit, et les jours suivants. Ils sont légèrement ivres, pas méchants pour deux sous, heureusement.
Nous nous concertons et décidons qu'aujourd'hui sera distribution des prix, nous étalons les cadeaux sur la table, ça va de la savonnette à la montre, en passant par la brosse à dents et le fil à pêche, c’est folklorique. Pina règne en maîtresse absolue, c'est la doyenne du village et en même temps chaman, une louchée de cachiri et c'est la liesse.
Au dîner : singe Baboune, cela va de soi, c'est encore plus coriace que l'Atèle, j'y laisse une dent.

Samedi 21 10 2000, l'Alitani

Veille du départ pour Maripasoula, la journée sera-t-elle suffisante à Bernard pour ranger tout son fourbi, car les indiens  ont du savoir vivre et nous offrent des cadeaux : colliers et poteries, c'est très sympa. Nous sommes très sollicités les uns et les autres, chacun est pris à part et se voit confier une liste exhaustive d'objets à leur envoyer de France.
Pina, qui, de bon matin se ballade avec sa louche de cachiri veut  nous tatouer, elle malaxe entre ses mains les fruits d'un arbre spécialement réservés à cet effet. Nous consentons, sachant que ces tatouages ne sont pas indélébiles. Elle dessine avec une plaquette de bois, sur nos bras et nos pieds des formes géométriques qui certainement ont une signification (  le Jaguar, le caïman etc...).

tatouage


Séance de tatouage sur la personne de Moïse, la teinture est à base d’un fruit malaxé avec de l’eau et appliquée à l’aide d’une petite baguette en bois, c’est totalement indolore et il disparaît au bout d’une semaine, à condition de se laver.

Aliké, lui, se fait une overdose de cachiri, il m'entraîne à l'écart et me fait voir de l'herbe qui  sèche sur le toit d'un carbet, je hume, odeur caractéristique du chanvre ... indien, je cite, il est ravi, il a affaire à un connaisseur. Aliké se shoote, si Bernard savait cela! Maintenant il sait.
Dernière nuit à Palassissi, je suis content de partir, mais je sais comment vivent les indiens, ils touchent le RMI, les allocations familiales, peut-être pas l'allocation logement, le produit de la pêche et de la chasse est substantiel, ils ne se plaignent pas, sont apparemment très heureux, une liberté totale, et c'est appréciable, ils évoluent à leur rythme, lentement mais sûrement, il est évident que, dans quelques décennies, ce ne seront plus les mêmes, ce qu'il faut souhaiter c'est que leur environnement ne subisse pas de  bouleversements importants.

Dimanche 22 10 2000, l'Alitani - L'Alawa

Nous sommes réveillés  de  bonne, - H 30, départ prévu : 7 H 30.
Tout le monde s'active, les deux frères d'Aliké sont revenus de la pêche et de la chasse (24 H non-stop) vers 5 H du matin. Toutes les familles, grands et petits participent aux préparatifs, deux congélateurs sont remplis. Cinq Caïmans sont étalés sur le rocher sous l'oeil désapprobateur de Bernard, ils ne seront pas vendus à Maripasoula puisque ce sont des espèces protégées, mais dans les villages indiens. IL y a du monde à embarquer, nous quatre, les deux familles avec les enfants, les congélateurs, le bidon de 200 litres, Joël et Moïse dans l'une barrée par  Omotpili,   Bernard et moi dans l'autre barrée par Kouya.
Les pirogues empruntent des  routes différentes, la descente des sauts est aussi spectaculaire que la montée, malgré soi on agrippe le rebord de la pirogue, la chute nous paraissant inévitable, mais non! ça passe au millimètre. On descend une seule fois sans nous  trop nous tremper, pour pousser, le passage étant  risqué.
Nous faisons escale dans un village, un caïman et des poissons sont vendus, c'est également la fête, le cachiri coule à flot.
Joël et Moïse qui arrivent au moment où nous repartons sont les témoins directs des libations qui se terminent par des vomissements incoercibles.
2 H 1/2 de pirogue, nous arrivons à Maripasoula, nous attendons 1/2 heure nos deux compères, la cause du retard : Omotpili n'a pas pu résister au cachiri.
Nous prenons le pot de l'amitié et de départ chez "Dédé " avec Aliké et Malita, avant de rentrer à Palassissi, il va participer à un tournoi de football  dans un village sur le tempok, affluent de l'Alitani à une dizaine de kilomètres d'Antécume Pata.
Nous déjeunons chez "Dédé", repas créole excellent, où nous faisons la connaissance  de deux instituteurs, l'un d'eux est originaire de la  Guadeloupe et nous laisse ses coordonnées, il loue  sa villa, intéressant, l'autre, un jeune n'est  en Guyane que depuis quelques mois et semble  inspiré par l'aventure que nous venons de vivre, nous lui laissons l'adresse d'Yvan? C'est  un footballeur et a participé au tournoi sur le Tempok, les indiens  abreuvés de cachiri n'ont pas  été très performants.
Enregistrement des bagages - Direction la piste - Changement depuis 1994,   le seul arbre au bord de la piste qui nous servait d'ombre a disparu pour faire place à une construction en dur, Maripasoula a un aéroport digne de ce nom.
Le vol sur un De Havilland fera escale à Saül, nous décollons et survolons l’Inini, le petit Inini et le grand Inini, ce dernier n'étant pas pollué par "Dorlin" se distingue aisément des deux autres. Un dernier coup d'oeil sur Saut Sonnelle et Tolinga qui forment  deux minuscules îlots perdus dans l'immensité de la forêt, j'aperçois " Dorlin ", j'ai du mal à imaginer que ce point microscopique sur la carte de la Guyane puisse engendrer autant  de nuisances. J'essaie, mais en vain de distinguer la crique Limonade, la rivière n'est pas assez large, la végétation trop dense pour que l'on puisse la distinguer à cette hauteur.
Saül, escale d'un quart d'heure, nous volons vers Cayenne.
Rochambeau, on a l'impression  qu'il fait plus chaud, ce n'est qu'une impression, l'air est plus lourd et chargé d'humidité.
Nous nous entassons dans un véhicule de location et direction Cayenne.
Bernard est au volant, face à l'hôtel central, une place un créneau, il y a suffisamment d'espace, et devant et derrière, de quoi garer respectivement deux Buicks et trois Chevrolets, Bernard est fatigué, sa vision périphérique défaillante, résultat, il faut recommencer. Je tourne sept fois la langue dans ma bouche avant de lui dire qu'il s'est garé comme une (et pas deux, ce qui aurait été exagéré)   péripatéticienne. C’est la goutte qui fait déborder le vase, Bernard le prend mal, et pourtant et encore aucune acrimonie de ma part. Le ciel s'assombrit, je ne suis pas des leurs au dîner.
J e m'offre une, puis deux bières à la pression, vais dîner seul, le ti-punch pourtant bien tassé n'arrive pas  à m'apporter toute la quiétude tellement souhaitée.

Lundi 23 10 2000 Cayenne

Petit-déjeuner, nous nous retrouvons, Bernard et moi, l'orage est passé, tant mieux, Joël et Moïse font la grasse mat.
Ce n'est pas une journée comme je les aime, pourtant je ne déteste pas offrir des cadeaux, bien au contraire, mais arpenter les rues, visiter les magasins de souvenirs, et ils sont légion, c'est une véritable corvée,   Vais-je m'en acquitter honorablement?
Dernière baignade à Montjoly, retour à Cayenne, dîner chez le chinois, dernière inspection du sac, dernière nuit au central hôtel, demain c'est le grand départ.

Mardi 24 10 2000

Le décollage étant prévu vers 18 heures, nous allons déjeuner à la "Chaumière ", nous avons de la chance, normalement c'est jour de fermeture, mais exceptionnellement le préfet est attendu et tout un aréopage de gradés, nous  bénéficions du même repas, mais pas aux frais du contribuable.
Aéroport de Rochambeau, en tant que GP je dois me plier aux mêmes exigences qu'au départ de Paris, c’est-à-dire : attendre la dernière minute pour embarquer, s'il reste de la place. En Guyane, les hôtesses au sol sont nettement plus affables qu'à Paris.
À bord du  767, en m'annonçant  GP par courtoisie, l'hôtesse me déclare être la plus terrible de la compagnie, je m'attire sa sympathie en lui rétorquant, sous réserves d'appréciations ultérieures, qu'elle est la plus charmante. Ces quelques propos galants qui ne coûtent rien m'assurent une place privilégiée, deux sièges, ce qui n'est pas négligeable  lorsque le voyage est assez long et de nuit.
Arrivée à Paris vers 7 heures du matin, Joël et Moïse ont un TGV vers 8 H 30, nous attendons les bagages presqu'une heure, ils prendront donc le suivant vers 10 H 30. Salut les amis, à bientôt, et bien des choses à vos épouses.
Bernard et moi, récupérons la voiture chez Marie-Pierre à Chelles et regagnons Le Mans dans la foulée. La boucle est bouclée, fatigués, grelottants (20° de différence), ravis de notre voyage et heureux de rentrer au bercail.

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           Pécari à lèvre blanche

Tayassu pécari
Cochon bwa (en créole), tayau (en wayâpi), pëinëkë (en Wayanas), tadzau (en émérillon),   pakih (en palikur), Pingo (en  taki-taki, en aluku et en sarabande),   queixada, porco-do-mato (en brésilien ).
Ordre : artiodactyles - Famille : tayassuidés - dimensions : longueur tête - corps : 95 - 110 cm, longueur queue : 1 - 6,5 cm, hauteur au garrot : 50 - 60 cm, poids : 25 - 43 Kg.
D'une famille apparentée à celle du sanglier, assez proche du pécari à collier, mais de taille plus importante, avec le corps plus sombre, sans la marque au collier, mais avec la zone de la mandibule inférieure (sous le menton, jusqu'à la gorge) blanche. La poitrine, les pattes et le ventre peuvent aussi être clairs.
Le pelage est rude, aux poils longs et raides, érectiles, et peu ou pas marqués de stries. Les jeunes sont plus clairs. Vit en troupes pouvant atteindre plusieurs centaines d'individus, et se déplaçant sur de grandes distances, une troupe pouvant occuper des domaines allant jusqu'à 200 Km2.
Se signalant souvent par des bruits caractéristiques de claquements de mâchoires. Principalement diurnes, omnivore, se nourrit de fruits, plus particulièrement de coeurs de palmiers, de feuilles, racines... La taille moyenne des portées est de deux jeunes.
Confusions possibles : Le pécari à collier est plus petit, plus clair, avec présence de la bande claire sur l'épaule; ses poils sont striés.