Zoo de Montsinéry, un tapir ou Maïpouri, regardez bien il pense à Fernande ou à Eléonore

tapir

Joël nous fait un numéro d’équilibriste, la chaise n'a pas supporté les rations surabondantes de nourriture ingurgitée depuis une semaine, sans vergogne, sans respect pour les crève la dalle du tiers monde et ceux du quart monde, celle-ci ( la chaise), rongée par les termites a brusquement cédé sans un seul petit grincement d'avertissement, sans une petite plainte: s'il vous plaît, monsieur, arrêtez de manger, c'est trop, souffrez que je me repose, et patatras, les quatre fers en l'air, tout le monde s'esclaffe d'abord puis s'inquiète ensuite, on tâte le coccyx : RAS - TVB.
On rentre à Cayenne, demain c'est le grand départ pour Säul, mais aussi la séparation pour Joël et Moïse, la grande nuit équatoriale d'adieux, ce sont des garçons sérieux et équilibrés et sauront ne pas hypothéquer leur virilité intrinsèque pour la suite de nos aventures.

Dimanche 01 10 2000 (Départ pour Saül)Il est 7 H , on frappe à ma porte, c'est Bernard, équipé de pied en cap, le sac sur le dos, les rangers aux pieds, il vient me chercher pour le petit dèj, m'est avis qu'il n'a pas dû dormir beaucoup cette nuit, il a faim, mais on est Dimanche et devra attendre 8H..
Départ pour Säul à 12 H, nous laissons Yveline et Michelle, il leur reste encore deux jours de vacances et elles reprendront le chemin du retour.

avionNous embarquons dans un avion  De Havilland DASH 7  d'une compagnie canadienne, affrété par air- Guyane - durée du voyage : 35 minutes


Le De Havilland





Saul

Arrivée à Säul, la piste est en latérite, Yvan n'est pas au rendez-vous, nous rejoignons Säul en 4/4  - Yvan est là.


Aéroport de Saül

Bernard est le seul du groupe qui le connaît (depuis 1992). Excellente impression, 35 ans, je lui accorde d'emblée toutes les qualités, et il ne déméritera jamais  par la suite, tout au long de notre périple.
Nous embarquons dans son 4/4, cinq plus les bagages, nous sommes entassés, empilés comme des sardines en boîte. Autant je peux accorder une entière confiance à Yvan au premier contact, autant je suis réservé quant à l'allure de son véhicule, tellement celle-ci n'est pas engageante du tout, un arbre s'est abattu le matin même sur le toit, le pare-brise a disparu, le radiateur également, les portières se ferment à grands coups de rangers, et ce n'est pas tout.........

enfants


Les deux filles à Yvan : Mandy et Cindy posant devant le fameux 4/4

Nous effectuons le chemin inverse: Saül, " l'aéroport", la piste d'atterrissage, 2 ou 3 Kms par une piste ravinée, boueuse, une dernière montée, le moteur rugit, cafouille, la boîte de vitesses grince, on se demande comment elle n'a pas encore explosé, le moteur cale, le 4/4 prend de la vitesse en marche arrière, d'un côté un petit ravin et la forêt, de l'autre le talus, nous ne pouvons absolument rien faire, coincés, aplatis dans l'habitacle où ce qu'il en reste, le 4/4 accélère, Yvan, d'un coup de volant désespéré jette le véhicule contre le talus. Mais non d'une pipe, pourquoi n'a-t-il pas freiné, mais tout simplement parce qu'il n'a plus de frein, c'est ça aussi la Guyane.
Nous nous extrayons tant bien que mal du 4/4, terminons la piste à pied et arrivons à la  "palmeraie ".

carbet_yvan


La Palmeraie

La "Palmeraie" est une concession qu'Yvan a achetée pour s'y établir avec toute sa famille, sa femme: Marie-Claude et ses deux filles Mandy et Cindy. Il a commencé par déboiser quelques hectares de forêt, aidé en cela par un ami brésilien habitant Saül, spécialiste en la matière, et Marc, un métro de passage, amoureux de la Guyane  qui traque, caméra au poing, toute la faune qu'il peut surprendre soit au sol soit sur la canopée.
Un carbet de fortune est installé, Yvan nous fait part de son projet définitif, il est certain que lorsqu'il sera réalisé, l'endroit sera méconnaissable et méritera le nom de petit paradis.
Un ocelot apprivoisé  est attaché au bout d'une laisse, tout le monde peut le caresser, avec le chien du brésilien, ils font une sacrée paire, Yvan hésite à le  laisser en liberté, il ne s'en ira  surtout  pas, il est chez lui, mais pour s'amuser il casse tout dans la cuisine.
Cindy nous fait voir une petite grenouille Dandrobate dans sa main (cette grenouille est mortelle), verts de peur nous hélons Yvan, il prend la Dandrobate en nous signifiant qu'effectivement  elle peut être mortelle seulement quand elle est stressée. Les indiens, afin de recueillir son poison, la place sur le grill, la peur et la chaleur aidant.. Elle émet une sorte d'écume qui n'est autre que du poison mortel. Nous avons encore tout à apprendre.
Au dîner: caïman, c'est excellent. Vers 20H un invité s'annonce, le troisième enfant d'Yvan qui n'est autre qu'un Maïpouri (  Tapir ), il est apprivoisé et en totale liberté. Il vient réclamer sa pitance et en dessert un biberon (il pèse environ 100 Kg.). Yvan a un souci majeur, qu'un chasseur le prenne pour cible, c'est la raison pour laquelle il va lui teindre la tête en rouge. Nous nous couchons, ce carbet a une porte, bizarre, ce n'est pas pour empêcher les moustiques d'entrer, nous dédaignons la fermer, à quoi bon, erreur, grossière erreur, notre ami le tapir fait irruption dans le carbet et commence à s'intéresser aux affaires de Bernard, il est éconduit gentiment et nous fermons la porte.

Lundi 02 10 2000, (   crique Limonade - Carbet Max)

C'est le grand départ tant attendu - 9H30 à la crique Limonade.
3 canoës, 6 personnes, tout le matériel et la nourriture pour 1    5 jours.
Premier  canoë : Yvan - Joël
Deuxième          : Marc - Moïse
Troisième          : Bernard - Jean-Claude
La crique est étroite, il a plu cette nuit et elle est très navigable.
La seule véritable difficulté, ce sont les arbres tombés en travers de la crique et qui l'obstruent totalement ou partiellement, nous imposant, soit des passages en force, soit un arrêt pour utiliser la tronçonneuse, soit se mouiller et passer le canoë par-dessus l'obstacle. Il fait si chaud, que c'est avec empressement qu'on  se met à l'eau.

obstacles

obstacles


Tous les 200 mètres il faut tronçonner






La navigation est assez technique, gros bouchons, petits sauts (rapides), négociés habilement par les uns : Yvan et Joël, Marc et Moïse, un peu moins par d'autres: Bernard et moi.

saut


Courant, rochers, obstacles pas toujours faciles à négocier

Yvan, c'est son job, Joël est un adepte du canoë: plusieurs campagnes en Ardèche et dans les Alpes, Marc après 8 mois de Guyane ne fait plus partie des néophytes, Moïse, une force de la nature rame comme deux, restent Bernard et moi qui ne sommes pas des spécialistes, mais nous suivons sans trop de peine.
Marc et Moïse ont hissé le drapeau à tête de mort, celui des frères de la côte, ils s'approchent de notre canoë, commence par nous asperger, puis nous éperonne, leur canoë se met en travers, un faux mouvement, il se retourne, nos deux forbans et tout le matos à la baille. Un peu de panique, Moïse n'a pas pied, Marc tout juste, une pagaie s'en va au fil de l'eau, je plonge pour prêter main-forte, ma montre n'est pas étanche, je n'aurai plus l'heure pendant tout le séjour. On arrive à maintenir le canoë, Moïse s'est accroché au nôtre, Yvan et Joël inquiets de voir arriver une pagaie toute seule, font demi tour. Maintenant il s'agit de vider entièrement le canoë, dans ce dessein, il faut le renverser, le lever au-dessus de nos têtes, récupérer les deux moteurs HB  et le reste du matériel. Tout est récupéré, ouf!
Nous repartons, on se tient à distance respectable de nos deux hurluberlus.
12 H, déjeuner frugal, c'est parfait, nous avons encore beaucoup de route, pardon de crique à faire. Deuxième partie de la journée : copie conforme à la première.
Vers 16H30, arrêt à Carbet Max, débarquement de tout le matériel, installation des bâches, préparer le feu, pêcher du petit poisson pour aller à la pêche au gros, toilette, baignade, pose des hamacs, le dîner mijote.
17 H 30,   dans une heure, il  fera déjà nuit, nous partons, Yvan, Moïse Joël et moi, tendre des lignes pour l'Aïmara, Yvan a installé le moteur, la première trappe est installée, dans la pénombre on se dirige vers la deuxième trappe, on longe la rive, Joël veut éviter  une branche, se penche, le canoë se renverse, tout le monde au bouillon, le canoë est rempli d'eau, par bonheur le moteur n'est pas immergé, pas question de rééditer la même opération que précédemment, il nous faut écoper avec les moyens du bord, les mains, le chapeau. Tout comme le fut du canon, cela demande un certain temps.
Nous installons les cinq autres lignes...
Retour sous les quolibets -  Ti-punch - Dîner.
Vers 23 H Yvan, Marc, Joël et Moïse vont relever les lignes, ils ont fait mentir le proverbe, il n'y aura pas de troisième baignade forcée. Ils ne reviennent pas bredouilles : deux Aïmaras qu'ils font immédiatement boucaner.

Grosse pluie, bien que je ne sois pas à côté de Bernard, les grenouilles arboricoles  font un tel pétard que  j'ai du mal à m'endormir,( Moïse les appelle les grenouilles charpentières,  par analogie au bruit d'une scie à débiter les grumes).

Mardi 03 10 2000, crique Limonade (Carbet Max - Saut Loutre)

J'ouvre un oeil, M;;;; il pleut encore, et pourtant il fait grand beau temps.
Explication : La pluie a cessé au milieu  de la nuit, mais les arbres dégouttent encore et donnent l'impression d'une pluie continue.
Départ vers 8 H 30, beau temps donc, les équipages changent : Yvan et Bernard - Joël et Jean-Claude - Marc et Moïse sans changement.
Journée plus calme et plus courte que la précédente, à noter qu'avec Joël, qui, comme je l'ai dit plus haut, est un spécialiste de la pagaie  nous négocions plus facilement les virages, ce qui nous évite de nous enfoncer dans des tas de lianes aux épines recourbées comme des hameçons, de réveiller et déranger une ribambelle d'insectes tout à fait indésirables.
Déjeuner à saut Loutre où nous nous installons pour deux nuits.
Déchargement du matériel, bâches, feu, toilette, pêche de petits poissons pour le gros. A chaque étape que nous ferons ce sera le même processus, c'est donc la dernière fois dont j'en parle, mais il vous faut savoir que si cette tâche est répétitive, elle est longue et nécessaire.
Milieu de l'après-midi, Joël exhibe un jeu de tarot, avec Yvan et moi nous formons un trio. La chance aidant je leur démontre qu'avec un bout dans mon jeu et deux autres au chien plus un roi, il est aisé de faire une garde, Joël est un joueur redoutable, il saura en faire la démonstration plus tard, Yvan aurait tendance à confondre vitesse et précipitation.
Vers 18 H  pose des trappes, une heure environ si le canoë ne chavire pas.
Dîner - Ti-punch - Aymara boucané sauce mayonnaise, riz, Joël n'a guère d'appétit, pas de panique, il a encore de la ressource.
Vers 23 H ,  nous allons au résultat : un petit Aymara. On y retournera le lendemain matin.
Bonne nuit avec une pensée assassine pour les grenouilles, je préfère,   et de loin entendre les singes hurleurs.

Mercredi 04 10 2000, crique Limonade (Saut Loutre - Saut Loutre)

Journée repos

Avant le petit-déjeuner, nous allons relever les lignes, Yvan, Joël et moi.
Résultat : 2 Aïmaras, un petit et un énorme : 15 Kg environ.

aimara

Yvan et le monstre, c’est un Aïmara

Nous allons tous chercher des coeurs de palmiers, aucune comparaison avec ceux qui sont en boîtes.













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Bernard décortique  un cœur de palmier

Dépeçage de l'Aïmara, le gros, l'immense, il a usé beaucoup de pellicules, c'est lui la Star. Yvan prépare le boucan, Moïse dort, Bernard écrit, Joël se promène avec sa machette à la main l'oeil mauvais, il en a ras la casquette de manger du poisson et du riz, les  dîners étant pris le soir tard, donc la nuit, aux chandelles, il ne voit pas les arêtes et cela l'indispose, d'autant plus qu'il n'est pas un fan du poisson.
Déjeuner et dîner : Aymara boucané, tout le monde adore sauf, je vous le donne en mille?
Et puis les remarques anodines d'Yvan concernant la répartition de la charge dans les canoës en fonction du poids des occupants n'incitent pas Joël  à manger à sa faim. Il commence à rêver tout haut la nuit, je l'ai entendu énoncer très distinctement les plats suivants: choucroute, couscous, andouillettes, pavé de boeuf, une longue litanie qui n'en finissait pas, le tout arrosé  par un domaine de l'Aubance 1997.

Jeudi 05 10 2000, crique Limonade (Saut Loutre - Carbet Pack Agile)

Toujours la crique Limonade. Départ vers 8 H , la navigation est difficile, de nombreux arbres  entravent le lit de la crique, soit ils sont à fleur d'eau et le canoë s'empale dessus, soit ils  émergent, nous passons au moins une heure à essayer de dégager à la tronçonneuse un arbre énorme qui barre carrément le cours d'eau, peine perdue, il faut passer par-dessus. Nous faisons 15 Kms environ, et avant d'arriver au carbet Pack agile, Yvan par l'odeur attiré saute du canoë, traverse la crique et s'enfonce dans la forêt. 10 minutes, un coup de fusil, un autre, il revient avec un Pécari qui sera dépecé illico et boucané. De la viande pour Joël.

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Un pécari à lèvres blanches, boucané sa chair est délicieuse

Ce soir pas de pêche, il nous reste du poisson et nous avons de la viande.
Demain, Inselberg.




Vendredi 06 10 2000, crique Limonade     (Carbet Pack Agile -Inselberg)

Départ pour l'Insselberg (le piton dénudé), on remonte la crique Limonade sur environ 1 Km, nous marchons 1 H 1/2 dans la forêt, la progression est ardue du fait de la chaleur et de la difficulté du terrain, enfin nous arrivons sur un plateau aride qui surplombe de ses 150 mètres toute la forêt, c'est un spectacle splendide, Yvan peut être fier d'avoir découvert cet endroit. C'est un piton granitique sur lequel poussent des orchidées, des ananas, et où nichent à même le rocher une colonie d’engoulevents. Un oeuf est pondu sur la roche brûlante (50 ° ) et à tour de rôle, le mâle et la femelle, avec leurs ailes s'ingénient à refroidir en le ventilant celui-ci. C'est également le domaine du jaguar, nous  découvrons des traces, mais faisons  beaucoup trop de bruit pour espérer l'apercevoir.
Repas midi et soir, nous couchons au pied du piton après avoir assisté de son sommet au coucher du soleil.
Marc est malade, une angine? il tousse toute la nuit, ce n'est pas la forme olympique. Moïse s'endort du sommeil du juste, il s'est gavé d'ananas.

inselberg


Coucher de soleil sur l’Inselberg

Samedi 07 10 2000, crique Limonade 
( Inselberg-Carbet Pack Agile)

Nous quittons l'Inselberg pour regagner le carbet Pack agile, Marc ne va pas mieux, Moïse qui d’habitude est au four et au moulin se fait très discret, il n'est pas au mieux de sa forme lui aussi, Marc serait-il contagieux? à surveiller de près... On commence par la montée de l'Inselberg, tout de suite Moïse est lâché, il peine, il titube, mais ne dit rien le bougre, son sac à dos doit  peser une tonne, je l'ai déjà dit, c'est une force de la nature, ce qu'on ne sait pas, parce qu'il  s'est tu, peut-être pour ne pas que l'on s'aperçoive qu'il a abusé d'un des sept péchés capitaux qui n'est autre que la gourmandise en l'occurrence : il s'est goinfré. L'ananas est un fruit excellent, accepté très facilement par les intestins quand il est mûr, mais quand il est vert, il peut causer des ravages dans cette partie de l'abdomen, on peut appeler cela la dérapède, et ça laisse des traces. Arrivé à Pack  agile, il est le premier à faire une grande lessive.
Nous avons de la visite, deux canoës gonflables font la même route que nous, partis également de Saül avec chacun un guide et un estivant aventurier, ils sont jeunes, mais ont l'air déjà très fatigués. Yvan connaît les deux guides, mais n'a pas l'air de les apprécier particulièrement, néanmoins la loi du fleuve l'oblige à les recevoir dignement, à leur offrir à manger et à boire. Il  s'aperçoit rapidement que l'entreprise n'est pas des plus sérieuses en constatant qu'une semaine après leur départ, ils se heurtent à des problèmes de nourriture. Yvan est dubitatif, et comme on dit dans la marine : Dieu pour tous, démerde à qui.

Dimanche 08 10 2000 , Crique Limonade (Carbet Pack Agile-Saut Cacique)

Départ Pack agile jusqu'à saut Cacique, environ 13 Kms difficiles, une couleuvre" chasseur Agouti se prélasse au-dessus de nos têtes dans un arbre, d'une belle couleur cuivrée, elle est totalement inoffensive, d'après Yvan il est très rare d'en  voir, nous sommes gâtés. Nous passons plusieurs sauts, dont le saut Emérillon, et nous entrons  dans le grand Inini, au confluent de la crique Emérillon et de la crique Saï. C'est une journée féconde en découvertes, Bernard aperçoit un Ocelot sur la rive et plus tard dans la nuit, Bernard dort, un jeune anaconda (3 mètres environ) fait son apparition  sous un amoncellement de roches, nous l'avons dérangé dans son habitat. À une trentaine de mètres un caïman est pris dans le faisceau des lampes frontales, nous le laissons en paix.
Il  tombe des cordes, et plus ça tombe plus les " charpentières " font le ramdam.

Lundi 09 10 2000, grand Inini (Saut Cacique - Dachine)

Départ saut Cacique - Bernard flirte avec une mygale, pendant que Marc filme, attirée par l'odeur du mâle, elle grimpe le long de son bras, jusqu'au cou, j'en ai des frissons dans le dos, Bernard est resté d'un calme olympien, bravo, le film attestera.
Une des deux pirogues gonflables nous  croise, un des deux guides part à la chasse, leurs problèmes de nourriture se vérifient..
Campons à Dachine, concession américaine de recherche de diamants industriels. Étape moyennement  difficile de 15 Kms environ.

Mardi 10 10 2000, grand Inini (Dachine - Degrad Fourmi)

Étape très difficile de par sa longueur, 20 Kms environ. Après le déjeuner, une halte d'une heure environ (sardines, pâté, barre de chocolat) assis sur un rocher sous lequel se prélasse un cobra d'eau, inoffensif, paraît-il, mais quelle frayeur! on repart, les organismes sont soumis à rude épreuve, Bernard  fait équipe avec Moïse, nous les suivons, il est 13 H le soleil tombe à la verticale,  l'Inini est très large à cet endroit et il est vain de chercher l'ombre. Leur canoë part en oblique et se dirige droit sur la berge malgré les efforts désespérés de Moïse pour l'éviter, Bernard s'est tout simplement endormi, il dort en pagayant. On rêve de plus en plus à une bonne bière pression, un lit bien douillet à la campagne? mais non avec sa compagne.

couleuvre

Couleuvre chasseur d’agoutis

Nous  nous arrêtons pour admirer et filmer deux autres couleuvres " chasseur d'Agouti". Les martins-pêcheurs sont légion, beaucoup de hérons cocoï , des aigrettes bleues, Marail et Hocco.
En plein jour, ce qui est rare, un caïman nous nargue sur son banc de sable, bien évidemment, Yvan l'a vu et se dirige vers la berge.
Moïse, (  pas le grand libérateur peint par Michel-Ange, mais plutôt le grand exterminateur) est à l'avant, il saute du canoë et se dirige, la pagaie brandie telle une massue vers le pauvre animal. La " faim " justifie les moyens, Yvan s'interpose, prend le caïman dans ses bras, et nous pouvons l'admirer tout à notre aise.

yvan_et_caiman



Yvan le terrible, ce caïman n’est pas du tout apprivoisé

Tout comme en Suisse, il y a votation:
2 voix, Moïse et moi, pour le faire boucaner
4 voix, pour le relâcher.
Nous sommes dans un département français, donc en république, donc en démocratie, Yvan  le libère, il ne se presse nullement pour déguerpir, je crois même qu'il faut l'encourager en le poussant.
Explorateur, si un jour, vous apercevez un caïman avec une paire de lunettes, elles m'appartiennent.
Nous faisons escale pour la nuit à Degrad Fourmi.

Mercredi 11 10 2000, grand Inini (Degrad Fourmi - Crique Cascade)

Nous sommes dans le cycle des grandes étapes, aujourd'hui je fais équipe avec Bernard, il a demandé à changer, hier il était avec Marc, et celui-ci étant de plus en plus malade, c'est Bernard qui fournit l'essentiel de l'effort, tout le monde est fatigué, une bonne répartition des forces en présence  nous semble impérative, la suite nous dira que le choix ne fut pas très judicieux.
À la mi-journée, arrêt déjeuner, nous inversons les places avec Bernard, lui devant, moi derrière, 6 heures de navigation, nous arrivons presque au but, encore un saut à passer, le courant est assez fort, les deux premiers canoës négocient bien leur approche, ça passe, parfait, la seule difficulté c'est un arbre juste à la sortie du rapide. On se présente, peut-être un peu trop vite, le courant nous entraîne, j'oublie le B A ba de la navigation, et nous voilà drossés contre l'arbre, le canoë chavire, deux hommes  qui surnagent et le matériel au fond.  Perdus  : mon chapeau et ma paire de lunettes, ce qui sera très gênant  pour la suite. Bernard s'installe confortablement sur un rocher, deux sacs, dont le mien lui servent de bouées et il tient toujours sa pagaie, moi je suis accroché à une branche  . Plus de peur que de mal, les secours arrivent, récupération des hommes et du matériel, le canoë par la force du courant se coince de plus en plus sous l'arbre et se plie. Après une heure d'efforts, tout est ramené sur la berge, toutes les affaires de Joël, Moïse et les miennes sont trempées, rien ne séchera pendant deux jours. Le canoë est démonté en partie, c'est du matériel solide, la plus grande partie de la soirée sera consacrée à sa réparation, on n'aura pas le temps de faire cuire la raie pêchée quelques heures auparavant.
Repos à crique cascade, elle porte bien son nom!!!!!!

Jeudi 12 10 2000, grand Inini (Crique Cascade - Carbet Yvan)

Marc est de plus en plus malade, il n'est pas hostile au fait  de le confier à une pirogue de  brésiliens qui  font le va et vient sur l'Inini, soit pour ravitailler les  bases de Dachine ou autres, soit pour effectuer la relève des hommes... Il hésite, d'une part, il  ne pourra plus filmer, bien qu'à cet  endroit, le fleuve n'est plus intéressant quant à la découverte de la faune, il laissera son coéquipier, Yvan seul sur le canoë, il quittera un groupe homogène et paraît-il très sympa, et ne finira pas le voyage.
Une pirogue arrive, la décision est prise, sage décision, il nous quitte, pas le temps de voir s'il a la larme à l'oeil, mais il doit en avoir gros sur la " patate ". Un signe au pilote, la pirogue nous accoste, elle est chargée jusqu'à ras bord, Marc ne sera pas le seul rapatrié sanitaire, quatre autres, la mine déconfite, ont déjà pris place. Il s'agit de nos

quatre aventuriers dont l'expédition a tourné en eau de boudin, les événements donnent raison à Yvan. Les deux guides, la tête basse ne décrochent pas un mot, et les deux malheureux " vacanciers" totalement abattus sont affalés dans le fond de la pirogue. Ils n'ont pas fait le bon choix. Il ne sert à rien de les accabler de reproches, en 1981  plus de la moitié des français a commis la même erreur, les conséquences  seront  différentes, eux deux s'en tirent  indemnes, pour 55 millions de français, le mal est irréversible.
Aujourd'hui encore une étape longue, donc difficile, surtout pour Yvan qui pagaie seul, il pourrait installer le moteur, il ne le fait pas, certainement par décence, c'est un bon celui-là.
Il aperçoit  une famille de loutres le long de la berge, elles plongent, réapparaissent, nous les poursuivons sans les effrayer, Yvan imite leur cri, elles se rassurent et fatiguées font front à quelques mètres des canoës.
Il existe deux sortes de loutres : ( espèce intégralement protégée)


loutre_commune

La loutre commune (lontra longicaudis )  .

loutre_g_ante_du_Br_sil

La loutre géante du Brésil (pteronura brasiliensis)
Tig, dilo, lout (en créole), yawakaka (en  wayâpi), tsalolo-uhu (  en émérillon), awali boya (  en kalina), sawu (en palikur), bigi watragu, yundu (en taki taki et aluku), ariranha (en brésilien ).
Ordre des carnivores
Famille des Mustélidés
Dimensions: longueur tête- corps : 100 - 120 Cm - Longueur queue : 53 - 70 Cm
Poids : 24 - 34 Kg
Description : grande loutre au corps entièrement foncé portant sur la lèvre supérieure et la gorge des taches irrégulières marron clair à crème. Fourrure courte et dense. Tête et museau arrondis, grosses moustaches;
Queue très large à la base, se réduisant à l'extrémité aplatie dorso-ventralement. Pattes postérieures courtes et larges, aux pieds totalement palmés jusqu'au bout des orteils.
Plus rare que la loutre commune, la loutre géante est diurne et semi aquatique. Vit en groupes plus nombreux, rarement solitaire, près de cours d'eau importants. Se nourrit de poissons, petits Caïmans, serpents. Alarmés, les  membres du groupe sortent la tête de l'eau et crient ou grognent. Portée :  1 à 5 jeunes.

Comme vous le constatez, à votre insu, j'ai accumulé en un mois, une somme  phénoménale de connaissances et appris une dizaine de dialectes.
Repos à carbet Yvan.

Yvan et Bernard vont poser des trappes, retour vers 19 heures, deux ti - punch, dîner, tout le monde s'endort sans avoir besoin d'être bercé.
Yvan se lève  vers 23 heures  pour aller relever les trappes,   il n'ose pas  nous réveiller et se rendort. Sa magnanimité  ) sera fatale aux Aïmaras, tôt le matin, nous allons, Yvan et moi, chercher les lignes, maigre résultat, seulement 1 aïmara, deux autres ont été entièrement dévorés par leurs congénères, c'est la loi de la jungle.

Vendredi 13 10 2000, grand Inini (Carbet Yvan - Ko-Soulu)

Petite étape de 3 heures, la dernière à la pagaie, avec seulement deux pirogues, deux dans une, trois dans l'autre, aujourd'hui je fais lève rame.
Nous arrivons à midi après avoir négocié très habilement (je ne suis pas aux commandes) et le saut batardeau et le saut S.
1/2 journée de repos. Pêche : néant,   la pleine lune  anéantit tous nos espoirs  de réaliser une pêche miraculeuse. Yvan est désespéré, lui qui avait tant souhaité ramener à Tolinga une cargaison de poissons.

Repos à Ko-Soula (roche Inini).
Tolinga, c'est notre prochaine étape,   l'Amérique.

Samedi 14 10 2000, grand Inini - Inini (Ko-Soulu - Tolinga)